Trouver le point de départ

Avant tout voyage intérieur, commencer là où on est vraiment.

Accepter de d’abord ressentir nos attentes, désirs, espoirs, peurs, absences, refus, pour mieux s’en émanciper. Admettre leur existence du moment, leur donner la bienvenue dans notre champ de conscience, pour pouvoir ensuite leur dire au revoir.

Afin de savoir leur porter attention sans pour autant être absorbé en elles, il faudra, avant de les visiter, avant de leur dédier notre observation, s’attacher fort à notre propre centre, et y rester présent. Comme Ulysse demandant à être lié au mât de son navire pour pouvoir écouter le chant des sirènes sans y succomber, et ainsi poursuivre sa traversée.

Ulysse 31 et les Sirènes, 1981

Comment s’attache-t-on à son centre pour percevoir ce qui nous en éloigne ? Nous connaissons peut-être des techniques, des manœuvres permettant cela, mais de quoi s’agit-il fondamentalement quand on parle de se centrer, de se reconnecter ?  A quoi, et comment ? D’abord, au corps. Reconnaître notre véhicule, lui donner sa place, afin, paradoxalement, de se libérer de sa prédominance dans notre perception, le temps d’une incursion par-delà ses frontières intérieures. Reconnaître sa présence, accepter ses ressentis.

S’affranchir ensuite de l’inertie qui compartimente notre attention à la superficie de nos pensées, émotions et sensations, laissant nos profondeurs vaquer à leurs automatismes et attractions en deçà de la conscience. Centrer notre esprit, notre attention, dans nos perceptions physiques. Ressentir notre volume dans l’espace, sa forme, notre position, nos rythmes, notre atmosphère intérieure, pour mieux pouvoir s’en affranchir le temps d’une incursion plus en profondeur. Porter de plus en plus d’attention à l’ensemble de ses ressentis, jusqu’à ce que s’en réunissent les fragments épars.

Et puis, concentrer l’énergie psychique, mentale et émotionnelle, vers un centre d’attention, un centre d’intérêt. Qu’il s’agisse de la respiration, de la position des mains, d’un mot d’ordre ou d’une image visualisée, de la musique d’une parole ou d’une mélodie, tout commence par l’élection d’un aimant vers où diriger notre attention, et qui à son tour, attirera différents degrés et courants de notre conscience, jusqu’à ce qu’elle s’y tresse, s’y unifie, selon ses possibilités du moment.

Cîme du Machu Pichu, 2017

Voilà l’une des définitions les plus essentielles du phénomène hypnotique dans son acceptation la plus large : l’absorption maximum de notre attention dans le phénomène perçu du moment, sensation, idée, image, son, processus, interaction, etc. Cela peut arriver de manière voulue ou reçue, chaque fois que l’on s’absorbe dans une idée, une histoire, une action, un ensemble de sensations. Cela peut arriver de manière bénéfique, comme lors d’une balade en forêt, ou de manière traumatique, comme lors d’une frayeur en forêt.

Suivant ce chemin petit à petit, jusqu’au point de bascule vers un approfondissement de l’expérience, un centre s’établit, les éléments se mettent à tourner autour de ce centre, à s’organiser en fonction. D’où l’importance d’établir avant tout début, une intention directrice, une note mémoire, une fréquence de base, un point de départ auquel revenir, chaque fois qu’il s’agira de retrouver le sens, la direction, l’énergie originelle.

Afin que de pourquoi en pour quoi, nous remontions à la source, la plus interne, la plus essentielle à laquelle nous puissions accéder, corps et âme, maintenant. Tout au moins, s’en rapprocher, s’y rendre disponible, se souvenir de son existence : se donner une chance de sentir sa pulsation cachée, d’entendre son appel continu.

Entrer en écoute. Respirer, ressentir ce qui est. Se permettre de redécouvrir. Bienvenue dans la vie. C’est toujours la même, depuis bien avant le début, et elle est toujours nouvelle, à chaque départ.

Quand on se recentre, qui, quoi, retrouve son centre ? La quête est le chemin. Entre chaque pas, le sens profond appelle. S’y rendre disponible, à l’écoute : le premier pas, le point de départ.

Sur la psite du Machu Pichu, 2017


Comments

Leave a comment